Fatigue, boucle délétère et journal intime : ce que j'ai appris en m'observant sans me juger
C'était le 29 décembre.
Les enfants n'étaient pas là. J'avais travaillé une bonne partie de la journée, et en fin d'après-midi je ressentais le froid dans les os. L'envie d'une pause, enfin.
Je suis descendue à la cuisine.
Mais avant d'allumer la bouilloire, j'avais ouvert mon agenda. Écrit une to-do liste. Juste pour être sûre de rien oublier.
Ensuite seulement : le thé au caramel, la brioche avec les morceaux de sucre cristallisés, une couche de Nutella dessus. D'abord debout contre le comptoir, puis assise à table après une légère hésitation. Un podcast allumé à la volée. Le soleil qui se couchait sur un ciel d'hiver très gris.
Sur la table, un livre de coloriage traînait.
J'ai commencé à remplir des surfaces avec mes crayons aquarellables, sans objectif, sans envie de faire quelque chose de beau. Juste remplir. Et je suis restée là un bon moment.
🎧 Cet article est la version écrite de l'épisode 3 du podcast Sorcière Atypique. Si tu préfères écouter, c'est par ici :
Plus tard, j'ai sorti mon doudou journal. Et j'ai écrit ce que j'avais vécu.
Se reposer sans culpabilité : quand le repos doit d'abord être mérité
Ce que j'ai noté ce soir-là, c'est quelque chose d'un peu dérangeant à admettre.
Pour m'autoriser une pause, j'avais d'abord eu besoin d'écrire une liste. Comme si le repos devait être mérité, encadré, justifié par une journée suffisamment productive.
C'était les vacances de Noël. Et quelque chose en moi chronométrait encore.
Je ne me suis pas jugée pour ça. Ce soir-là, pour la première fois depuis longtemps, j'ai simplement décrit ce que j'avais fait. Sans chercher à me corriger. Sans me promettre de faire mieux demain.
Juste noter.
Le doudou journal : un carnet simple, sans pression
Mon doudou journal,
c'est un gros carnet relié de cuir. Compagnon plus qu’outil, il est avec moi au quotidien.
Je veux être claire sur ce que c'est.
Ce n'est pas un bullet journal. Ce n'est pas un outil de productivité, de suivi d'habitudes ou de planification hebdomadaire. Il n'est pas instagrammable. Il n'a aucune cohérence visuelle. Certaines pages sont denses, d'autres vides à moitié. Certaines ont des gribouillis, d'autres une liste de films à voir ou une pensée captée à 23h avant de m'endormir.
J'écris dedans depuis dix ans, irrégulièrement, au gré des envies et des besoins.
Ce carnet me sert à deux choses très simples.
La première, c'est de m'apaiser sur le moment. Un peu comme une fillette qui sort ses crayons quand une émotion devient trop grande pour elle. L'acte d'écrire occupe les mains, ralentit le souffle, met le cerveau en mode différent. Ce n'est pas de la thérapie. C'est du soin immédiat, accessible, gratuit.
La deuxième, c'est de voir. Voir ses pensées posées sur le papier, là, en dehors de sa tête. Voir ses schémas. Voir ses peurs récurrentes. Mais aussi, et c'est important, voir ses progrès. Ce que tu traversais il y a six mois. Ce que tu ne traverses plus de la même façon aujourd'hui.
La mémoire efface, déforme, minimise. Le carnet garde la trace exacte.
🃏 Si l'idée d'un carnet te parle mais que tu ne sais pas par où commencer, j'ai créé une carte illustrée aquarellée sur le journaling. Elle fait partie de la collection des Réservoirs du Féminin, et tu peux la recevoir gratuitement en rejoignant la Missive d'Elia-Rosa.
Comment j'ai découvert ma boucle délétère
Dans cette période où je cherchais à sortir d'une fatigue profonde, j'ai commencé à relire mon journal avec quelques semaines de recul.
Et j'ai vu quelque chose que je n'avais jamais vu.
Je ne faisais pas n'importe quoi. Je tournais en rond. Ce n'était pas du chaos. C'était un schéma.
La boucle délétère, c'est un mot que j'ai mis sur quelque chose que je vivais sans le voir. Et voilà ce qui est vertigineux : quand on est dedans, on ne distingue rien. On croit vivre des moments isolés, des défaillances ponctuelles. On se dit "encore", on se dit "pourquoi je recommence", on se dit que décidément on n'y arrivera jamais.
C'est seulement à distance, en relisant, qu'on voit le cycle.
Boucle délétère : un mécanisme, pas un défaut de caractère
Le mien avait toujours la même architecture.
Un déclencheur d'abord : la fatigue nerveuse, intellectuelle ou physique intense. Le genre de fatigue où le cerveau a tout donné et refuse de faire stop, même quand le corps l'exige. Puis les compensations rapides. Le sucre accessible sur le comptoir. Les écrans qui ne demandent aucun effort. Les vidéos courtes qui s'enchaînent sans qu'on ait rien décidé. L'isolement aussi, cette petite bulle dans laquelle on se referme.
Et juste après : la culpabilité. Profonde, immédiate. L'envie de reprendre le contrôle. Une nouvelle méthode, un nouveau départ annoncé. Quelques jours de mieux. Puis la boucle qui recommençait.
(Si tu veux comprendre d'où vient cette quête de méthodes, j'en parle dans l'épisode 2 du podcast.)
Ce que j'avais vécu comme une succession d'échecs était en réalité un cycle prévisible, cohérent, compréhensible.
Ce n'était pas un défaut de caractère. C'était un mécanisme.
Quand on ne voit pas le cycle, on se croit incompétente. On croit que c'est sa nature, sa faiblesse fondamentale.
Quand on le voit, on devient observatrice.
Observer ses schémas sans se juger : la clé du changement
Je sais ce que ça fait.
Ces moments où le cerveau semble s'éteindre. Où tu ouvres une application sans vraiment l'avoir décidé. Où tu manges sans vraiment avoir faim. Où tu te promets que demain sera différent, et où tu te sens déçue de toi quand ce n'est pas le cas.
Si tu reconnais quelque chose en lisant ces lignes, je voudrais te dire ceci.
Ce n'est pas un manque de volonté. C'est un signal d'alarme qui cherche à te rejoindre.
On ne change pas un cycle en le forçant. On le transforme en le voyant.
Et pour le voir, il faut d'abord l'écrire. La mémoire des ressentis est floue, infidèle. L'écriture laisse une trace. Et la trace révèle les cycles.
Les réservoirs du féminin : ce que l'observation m'a ouvert
À force de m'observer, j'ai commencé à distinguer autre chose. Certaines activités ne me fatiguaient pas. Elles me rechargeaient vraiment. Le coloriage ce soir-là, oui. L'écriture dans mon journal. La marche en forêt. Certains moments de silence choisi.
J'ai appelé ça les réservoirs du féminin.
Ce sont ces espaces intérieurs, ces gestes simples qui viennent nourrir quelque chose de profond. Qui remplissent, là où les compensations rapides ne font qu'anesthésier.
J'en parle plus en détail dans le quatrième épisode du podcast. Mais avant d'y arriver, il fallait voir la boucle. Avant de trouver ce qui nourrit, il fallait nommer ce qui épuise.
Ce que tu peux faire dès aujourd'hui
🎧 Avant de lire la suite, tu peux > écouter l'épisode 3> dans son intégralité. J'y raconte cette journée de décembre avec plus de détails, et quelque chose que j'ai mis longtemps à formuler à voix haute.
Prends un carnet. L'application de notes de ton téléphone. N'importe quel support.
Écris : "Quand je suis épuisée, je..."
Complète la phrase. Sans chercher à bien faire. Sans te juger.
Et si tu le fais plusieurs fois sur quelques semaines, regarde si un schéma se dessine. Observe-le. Le seul objectif pour l'instant, c'est de le voir.
C'est suffisant.
Ta magie, c'est toi qui la crées.
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